É
ric Holder est un peu mon porte bonheur : j'ai défendu "Hongroise" bec et ongles dans un certain jury de prix littéraire, il a été ma première chronique à La Charente Libre, et le premier auteur à m'écrire au sujet de cette chronique, justement. Il a eu pour moi les mêmes mots que Pascal Sevran deux ans plus tard ...
Le style d'Eric Holder, c'est l'insolence tranquille émaillée de douleurs paroxystiques puis sourdes. Dans "De loin on dirait une île", on croit que l'on se quitte sur une acceptation du pire. Que nenni, le rebelle est toujours là qui ne se résoudra point. Il y a toujours un coin qui le rappelle, une fille, un fils , des mots philosophiques échangés entre deux êtres humains et deux chemins.
Il y a la mer et il voit l'ennui. Il y a le calme, il cherche le danger. Pourtant il a l'air calme, comme ça. Yeux mi-clos sur sa branche littéraire, il rêve le jour et écrit sans doute la nuit. C'est un oiseau qui aime les piquets de vignes.
Il garde quel enfer, Holder ?
Collectionnez les Holder. C'est une valeur sûre.
ET voici que paraît ce qui pourrait être une suite tant il est difficile de démêler le réel de l'imaginaire chez Eric Holder.
Les angoisses de l'homme et du père quand, le nid vidé, il reste l'alcool, la lutte pour garder la femme qu'il aime et retrouver sa dignité par le travail. Borderline au bord de l'eau, Holder et son double dans un bateau, qui va tomber à l'eau ?
La vie comme une fusée de détresse, et soudain un drapeau, une fumée sur l'océan et une femme à reconquérir . Un roman d'homme : Bella Ciao (au Seuil).
Eric Holder, l'écrivain, pas le secrétaire d'état Américain, est un explorateur.
Un aventurier du sens et des sens. On a peu parlé de son dernier livre, "De loin on dirait une île". Même moi, je n'ai fait que vous le promettre, alors que je l'avais dévoré en deux heures de TGV, et que mon fils, qui ne lit guère de romans, m'avait confirmé l'intérêt du livre en faisant de même .
J'aurais dû vous dire de glisser ce petit bouquin dans votre besace, pour partir un peu avec Holder dans les dunes et les chemins du Médoc , à pieds, à cheval et en moto, déranger la poussière et les coeurs, affronter les murs et tenter de modeler une vie nouvelle. J'aurais dû vous dire qu'Holder en père d'ado et en libre poète du peuple de l'herbe, c'est nouveau.
Comme toujours autobiographique et autant empreint de malice que de saudade, ce roman d'un déraciné replanté dans le sable annonçait malheureusement la tempête.
"De loin, on dirait une île"
Ed. Le Dilettante - 2009
15,20 €
"Bella Ciao"
Ed. du Seuil - 2009
16 €
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